Depuis début avril 2026, plusieurs voies du district d’Abidjan portent désormais les noms de figures religieuses ivoiriennes, dans le cadre d’un programme d’adressage urbain lancé par les autorités.
Le district autonome d’Abidjan a engagé, à partir du 1er avril 2026, une opération de dénomination et de rebaptisation de plusieurs rues, boulevards et avenues, attribuant à certaines d’entre elles les noms de figures religieuses majeures du pays.
Cette initiative s’inscrit dans un projet plus large validé en Conseil des ministres en mai 2023, visant à structurer l’adressage urbain de la capitale économique ivoirienne. Selon les autorités, ce programme comprend également des phases de débaptisation d’axes hérités de la période coloniale, dont certaines se sont poursuivies en mai 2025, avec pour objectif de remplacer ces appellations par des noms de personnalités ivoiriennes ayant marqué l’histoire nationale.
Dans ce contexte, plusieurs hommes de Dieu ont vu leurs noms associés à des voies publiques, parmi lesquels le prophète Kacou Séverin, Pasteur Alexandre Amazou, Bishop Mohamed Idriss, et Mohammed Sanogo, figure du renouveau évangélique, ou encore Cheick Boikari Fofana, ancien président du Conseil supérieur des imams, reconnu pour son engagement en faveur de la cohésion sociale et du dialogue interreligieux.
D’autres figures religieuses, telles que Dr Dion Robert Yayé, Imam Aboubacar Coulibaly, El Hadj Dramane Diabatéet et le Bishop Guy Vincent Kodja et bien d'autres sont également évoquées dans l’opinion publique comme symboles de l’influence croissante des leaders spirituels dans la société ivoirienne.
Pour les autorités, cette opération vise à rendre hommage aux contributions des leaders religieux dans l’encadrement moral, la médiation sociale et la promotion de la paix, dans un pays marqué par une forte diversité confessionnelle.
Toutefois, la démarche suscite des réactions contrastées. Si certains saluent une reconnaissance légitime du rôle des acteurs religieux, d’autres s’interrogent sur la place de ces figures dans l’espace public, dans un État attaché au principe de laïcité. Des analystes évoquent notamment le risque de débats autour de l’équilibre entre reconnaissance culturelle et neutralité institutionnelle.
Au-delà des controverses, cette rebaptisation pourrait transformer durablement le paysage urbain et symbolique d’Abidjan, en inscrivant dans le quotidien des habitants les noms de personnalités ayant influencé la vie spirituelle et sociale du pays.
Entre devoir de mémoire, affirmation identitaire et enjeux de cohésion nationale, la capitale économique ivoirienne poursuit ainsi sa mutation, redéfinissant les repères de son espace public.
Ethan
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