Face aux choix politiques ou de société qui les irritent, les chrétiens doivent-ils systématiquement manifester leur mécontentement? Si oui, de quelle manière?
Franck Meyer, maire, fondateur du Collectif des Maires pour l’Enfance et président du Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine (CPDH).
Non! Continuellement manifester sa désapprobation reviendrait à adopter une posture qui nous enfermerait, nous et nos détracteurs, dans deux mondes parallèles sans qu’aucune communication ne soit possible. Jésus a su se montrer critique, très sévère même, mais il était aussi compatissant. Nous devons avoir cette même compassion. Elle nous permet de dire notre désapprobation sans violence et sans haine, mais avec persévérance, calme et confiance. Elle nous guide vers ceux qui se perdent dans des choix de vie qui finiront par se retourner contre eux. Elle permet un discours «en vérité» et doit nous guider dans notre communication avec les pouvoirs publics. Cela passe tantôt par la «manifestation» de nos convictions, tantôt par le silence, mais toujours dans un esprit de prière, mêlant la reconnaissance, l’intercession et la supplication. Ce faisant nous pouvons être, comme l’a dit un jour le pasteur François Filipiak, des chrétiens «intègres, intégrés mais pas intégristes».
Parler à bon escient
«Parle et ne te tais point!»: cette injonction donnée par Dieu à l’apôtre Paul résume la nécessité de communiquer, mais elle ne nous dit rien sur la manière de le faire.
En revanche, Dieu assure Paul de sa présence. Voilà ce que nous devons croire et travailler. Nous avons besoin de formation et de l’aide de l’Esprit Saint. C’est difficile aujourd’hui, car nos messages, dès qu’ils ont une portée sociétale, passent par le prisme des médias. Les journalistes ont leur «angle» rédactionnel et beaucoup voudront nous faire dire ce qu’ils ont envie d’entendre. Les accords sont nivelés, et les désaccords tellement amplifiés qu’on a l’impression d’un affrontement permanent.
Un jour, sur un plateau de télévision, j’ai affirmé être d’accord avec le président d’une association LGBT qui venait de déclarer que, pour lui, «mariage et filiation étaient liés» et que le gouvernement français ne pourrait pas aborder une question sans aborder l’autre. Le journaliste était surpris que nous puissions nous entendre au moins sur un point. Ne réagissons pas nécessairement là où on nous attend, sachons «faire réfléchir» nos détracteurs en leur posant de bonnes questions. N’hésitons pas à casser les caricatures simplistes dont nous sommes abreuvés! Enfin, ne soyons pas réducteurs dans nos centres d’intérêt. Il n’y a pas que les questions liées au mariage qui nous intéressent. Mais lorsqu’il faut en parler, alors parlons-en!
Si nous voulons être entendus, il est nécessaire d’écouter. Quand nous sommes d’accord, disons-le, encourageons ce qui doit l’être.
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