Kinshasa, 12 avril 2026 — Le financement participatif, ou « crowdfunding », et le rôle des églises dans la mobilisation des ressources financières ont été présentés comme des leviers importants pour le développement des petites et moyennes entreprises (PME) en République démocratique du Congo, lors d’une interview accordée à la presse par un économiste.
Selon Pépin Ilonga, économiste à l’Université de Mons (Belgique), le crowdfunding consiste à collecter de petites contributions auprès d’un grand nombre de personnes, généralement via Internet ou le mobile, afin de financer des projets.
« Les églises sont des lieux de mobilisation financière communautaire massive, notamment à travers les dîmes et offrandes », a-t-il expliqué.
D’après l’économiste, ce mode de financement existe depuis longtemps en RDC sous une forme informelle, reposant sur la solidarité entre familles, amis et communautés religieuses.
Avec l’essor du mobile money — notamment des services comme M-Pesa, Airtel Money ou Orange Money — cette pratique connaît une transformation, facilitant les collectes et leur traçabilité.
« En RDC, moins de 4 % de la population est bancarisée, tandis que près de 67 % ont accès au mobile money », a-t-il souligné, mettant en évidence un contraste marquant.
Le crowdfunding repose sur trois principales logiques :
Le don (sans retour financier)
Le prêt (remboursable avec ou sans intérêts)
L’investissement (prise de participation avec rendement attendu)
Dans le contexte des églises, les contributions relèvent principalement du modèle basé sur le don, motivé par des valeurs de foi et de solidarité.
Selon une enquête menée auprès de 595 entrepreneurs dans plusieurs villes du pays (Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Matadi), environ 69 % des PME ont été financées grâce à des réseaux communautaires incluant les églises.
« Les groupes WhatsApp permettent aujourd’hui de collecter des fonds pour soutenir des activités économiques. C’est une forme de crowdfunding informel en cours de digitalisation », a indiqué M. Ilonga.
Malgré leur capacité de mobilisation, les églises font face à plusieurs contraintes :
Économiques : faible pouvoir d’achat des fidèles
Réglementaires : absence de statut d’institution financière
Opérationnelles : manque d’outils de gestion du crédit
« Une église ne peut pas légalement collecter des fonds pour les prêter avec rendement », a précisé l’économiste.
Plutôt que de se substituer aux banques, les églises pourraient jouer un rôle de facilitateur en collaborant avec des structures agréées.
Parmi les pistes évoquées :
Partenariats avec des plateformes de crowdfunding
Création de fonds de garantie via mobile money
Orientation des dons vers des projets productifs
Les analyses présentées indiquent que :
L’accès au mobile money augmente les chances de financement
Le financement communautaire renforce également cet accès
La combinaison des deux crée un effet significatif sur le développement des PME
Dans un contexte de faible bancarisation, les églises apparaissent comme des acteurs incontournables de la finance communautaire en RDC, même si leur rôle reste à structurer pour soutenir durablement des projets économiques productifs.
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