Abidjan — Pendant longtemps, elles ont servi dans l’ombre. Présentes dans les moments de prière, dans les crises des églises, dans les saisons de pauvreté comme dans les périodes de croissance, les femmes de pasteurs ont souvent porté silencieusement une part importante du ministère pastoral. Samedi 14 mai 2026, à Cocody, elles étaient cette fois au centre de toutes les attentions à l’occasion des 20 ans du Rassemblement des Épouses des Ministres Élus de Dieu (REMED).
Dans une salle acquise à leur cause, remplie d’autorités ecclésiastiques, de familles pastorales et de fidèles, la célébration s’est ouverte dans une atmosphère de reconnaissance et d’émotion. L’hymne du REMED, précédé de la prière du révérend docteur Kouamé Gnepé Marius, a donné le ton d’une journée placée sous le signe de la gratitude envers Dieu.

Très vite, les témoignages et les prises de parole ont permis de comprendre que cette célébration dépassait largement le cadre d’un anniversaire classique. Derrière les sourires et les tenues de fête se cachait surtout l’histoire d’un combat mené pendant vingt ans par des femmes décidées à accompagner leurs époux dans le ministère malgré les difficultés.
Lorsque la révérende Kouamé Déborah, présidente du REMED, a été présentée à l’assemblée, les acclamations ont envahi la salle. Une marque de reconnaissance envers celle qui a porté cette vision née, selon ses confidences, de sa propre expérience d’épouse de pasteur.
« La femme du pasteur doit avoir une mission auprès de son époux », a-t-elle expliqué au cours d’un entretien retraçant les débuts du mouvement.
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Au fil des années, le REMED s’est imposé comme un espace de soutien, de formation et d’encadrement pour des femmes souvent confrontées aux réalités difficiles du ministère pastoral : précarité financière, pressions spirituelles, instabilité familiale ou encore solitude.
Les responsables du mouvement ont reconnu que plusieurs obstacles ont jalonné leur parcours, notamment les incompréhensions, certaines oppositions internes et les blessures liées à des divorces dans des familles pastorales.
Mais malgré les tempêtes, le REMED a tenu.
Aujourd’hui, le mouvement revendique vingt-deux secteurs d’activités et de nombreux témoignages de transformation. Certaines femmes de pasteurs, autrefois sans instruction, ont repris les études jusqu’à obtenir des diplômes académiques. D’autres dirigent désormais des œuvres ou développent des activités génératrices de revenus.

« Les mamans pasteurs sont devenues autonomes », a souligné la présidente du REMED, annonçant également un projet de centre de retraite spirituelle aux environs d’Abidjan.
Mais le moment le plus marquant de cette célébration restera sans doute la prédication de l’apôtre Kpangui Konan Bernard, président national du CNEPECI et président fondateur des Églises Béthanie.

Dans un message profondément humain et spirituel, basé sur 1 Samuel 2:30b — « J’honorerai celui qui m’honore » — le prédicateur a parlé de ces années de sacrifices que beaucoup de familles pastorales traversent loin des regards.
Avec des mots simples, parfois chargés d’émotion, il a rappelé que plusieurs femmes de pasteurs ont accepté d’épouser des hommes sans garanties matérielles, par conviction spirituelle.

« Aujourd’hui, on voit la gloire, mais on ne connaît pas les saisons de souffrance », a-t-il lancé devant une assemblée attentive.
Prenant l’exemple biblique de Ruth, restée fidèle à Naomi malgré le deuil et l’incertitude, l’apôtre Kpangui a insisté sur la loyauté, la persévérance et le sacrifice.

Pour lui, l’honneur véritable ne se construit pas dans la facilité mais dans la fidélité à une vision, même dans les moments les plus difficiles.
« Il y a un temps où personne ne te voit. Mais il arrive un moment où Dieu lui-même décide de rendre témoignage de toi », a-t-il déclaré dans une tonalité prophétique.
Son message a particulièrement touché les femmes de pasteurs présentes dans la salle, plusieurs se reconnaissant dans les réalités évoquées : les nuits de prière, les frustrations silencieuses, les difficultés financières ou encore les combats spirituels vécus aux côtés de leurs époux.

Dans une ambiance de ferveur et de reconnaissance, l’orateur a conclu en encourageant les femmes à ne pas abandonner.
« Votre saison d’honneur est proche », a-t-il affirmé.
Vingt ans après sa création, le REMED apparaît aujourd’hui comme bien plus qu’un regroupement d’épouses de pasteurs. Le mouvement s’est construit comme un espace de résilience, de solidarité et de restauration pour des femmes longtemps restées dans l’ombre du ministère pastoral.
Et à travers cette célébration, c’est toute une génération de femmes engagées dans l’œuvre de Dieu qui a été honorée.
Ethan
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