Interdite à Whitechapel par crainte de troubles, une marche chrétienne pacifique ravive un débat brûlant au Royaume-Uni : la liberté religieuse est-elle encore pleinement garantie lorsque l’expression de la foi dépend des réactions qu’elle pourrait susciter ?
La Grande-Bretagne aime se présenter comme une terre de foi et de liberté. Pourtant, à Whitechapel, dans l’est de Londres, ces principes semblent vaciller. Une marche chrétienne intitulée « Marcher avec Jésus », prévue le 31 janvier, a été interdite non pour son caractère illégal ou violent, mais parce que les autorités redoutaient qu’elle n’offense une partie de la population locale, majoritairement musulmane, rapporte Prophecy News Watch.
La décision émane de la Police métropolitaine de Londres, qui a estimé l’événement « imprudent » dans ce quartier précis. En cause : des renseignements évoquant un risque de réactions hostiles susceptibles de dégénérer en troubles à l’ordre public. La procession pourra se tenir ailleurs, mais pas à Whitechapel, lieu pourtant choisi par les organisateurs pour sa portée symbolique.
Le commissaire adjoint James Harman assure que l’interdiction repose exclusivement sur des considérations de sécurité, sans motivation politique ni jugement sur le caractère offensant de la marche. Toute infraction à cette interdiction exposerait néanmoins les participants à une arrestation.
Même présentée sous l’angle de la prévention, la mesure envoie un signal fort : dans certains quartiers britanniques, proclamer publiquement sa foi chrétienne serait devenu trop dangereux pour être autorisé.
Pour de nombreux observateurs, cette décision crée un précédent préoccupant. Désormais, le culte public ne serait plus protégé par son caractère pacifique et légal, mais conditionné par le risque de provoquer une hostilité. Le message implicite est clair : si votre foi peut froisser, mieux vaut se taire ou se déplacer vers des zones jugées « sûres ».
Ce raisonnement, dénoncent-ils, ne relève pas de la neutralité, mais d’un recul des libertés fondamentales. Il transfère le fardeau de la tolérance sur ceux qui pratiquent paisiblement leur religion, tout en donnant à la menace potentielle un pouvoir de fait sur l’espace public.
Whitechapel abrite depuis longtemps l’une des plus importantes communautés musulmanes du pays. Historiquement, cela n’a jamais empêché l’expression chrétienne. Le Royaume-Uni n’est pas un État théocratique : il s’est construit sur un héritage chrétien qui a façonné ses lois, ses institutions et ses libertés publiques.
Dès lors, une question s’impose : depuis quand exprimer sa foi chrétienne en public est-il devenu une menace pour la société ? Aujourd’hui une marche, demain un cantique, une croix, une prière à l’école ou un sermon jugé « trop provocateur » ?

Les implications dépassent largement ce quartier de Londres. Écoles, lieux de travail, événements civiques : partout, la liberté religieuse risque de devenir négociable si elle dépend de la réaction anticipée d’un autre groupe. Lorsque la crainte d’offenser dicte ce qui peut être exprimé, la liberté n’est plus garantie — elle est suspendue.
Autrefois nation qui envoyait des missionnaires aux confins du monde, la Grande-Bretagne hésite désormais à laisser des croyants marcher dans ses propres rues. Un basculement silencieux qui interroge l’âme même du pays — et qui devrait, à tout le moins, alerter sur l’avenir de la liberté religieuse au Royaume-Uni.
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